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La digitalisation progressive des moyens de paiement

En 10 ans, le temps d’attente en caisse a considérablement diminué. Bien que les enseignes fassent des efforts notables, faire la queue reste encore et toujours une hantise pour les Français. L’heure est donc à l’expérimentation de nouveaux moyens de paiement, souvent issus de l’étranger, pour réduire le temps d’attente au moment du paiement.

Le sans contact est aujourd’hui le leader incontestable des nouveaux moyens de paiement.

 

En 2015, selon une étude menée par le groupement Carte bancaire, 35% seulement des commerces étaient pourvus de la technologie sans contact. Un chiffre trop bas pour le gouvernement de l’époque qui s’était fixé l’objectif d’équiper de cette technologie tous les points de vente du pays. Et ce, d’ici le 1er janvier 2020.

 

Quatre ans plus tard, les chiffres sont là : les transactions, au nombre de 10 milliards en 2018, ont augmenté de 97% en un an selon une étude Mastercard. 78 % des Français utilisent le sans contact dont 70 % au quotidien. C’est le nouveau moyen de paiement le plus populaire chez les jeunes, les familles nombreuses et les cadres. Les clients apprécient sa rapidité et sa simplicité d’utilisation et les magasins ont tout à gagner de pouvoir servir un plus grand nombre de clients en un minimum de temps.

 

Reste que deux éléments sont cependant à prendre en compte pour le commerçant : l’équipement TPE sans contact coûte un certain prix (certains privilégieront donc la location à l’achat de celui-ci) et il n’a vraiment d’intérêt que si on vend des produits ou services en dessous de 30€ (plafond limite).

 

Du côté des clients, la principale faiblesse de ce mode de paiement demeure sa sécurité en cas de perte ou de vol. Faiblesse qui sera d’ici un an ou deux palliée grâce à la carte bleue biométrique. C’est le même fonctionnement que la reconnaissance digitale sur les smartphones : plus besoin de code, on pose son pouce sur sa carte bancaire et le paiement se fait en toute sécurité. Le passage à la technologie biométrique a cet autre avantage de zapper la limite à 30€ inhérent au paiement sans contact. Pour l’heure, seule la Société Générale teste cette carte en interne, mais sa généralisation est planifiée pour les années à venir.

 

Le Scan & Go gagne du terrain.

Le système San & Go est apparu dès 2012 aux États-Unis, mais c’est seulement en 2015 qu’il a réellement pris de l’ampleur lorsque Wal-Mart se met à fournir un lecteur optique à ses clients pour scanner les produits. Aujourd’hui le système s’est largement répandu en Europe. Chaque enseigne a mis au point sa propre application (Monop & Moi chez Monoprix, Casino Max chez Casino, etc.) que le client doit télécharger en amont. Dans le magasin, il scanne les étiquettes des produits et lorsqu’il a terminé ses achats, il lui suffit d’appuyer sur le bouton « payer » dans l’application. Il reçoit instantanément son ticket de caisse par email.

 

Amazon a poussé le processus encore plus loin en inaugurant en 2018 une épicerie sans caisse à Seattle. Un scan de l’application mobile « Amazon Go » permet au client d’entrer dans le magasin, puis une flotte de capteurs enregistrent tous ses faits et gestes, notamment les produits qu’il met dans son sac et, dès sa sortie, ses achats sont débités directement sur son compte. » Depuis septembre dernier, Carrefour expérimente un concept similaire à son siège social de Massy.

 

Cependant, la multiplication de ces magasins sans caisse n’est pas encore pour demain. De trop grandes réticences vis-à-vis de ces nouvelles technologies persistent. Cela aussi bien du côté des commerçants (investissements financiers importants pour les implanter, fiabilité incertaine, efficacité moindre quand il s’agit de traiter de trop gros flux, etc.) que des clients (selon une étude du groupe Oney, 89% des Fançais savent qu’ils peuvent payer leurs courses avec leur smartphone, mais l’obligation d’y enregistrer sa carte bleue au préalable freine 42% d’entre eux de le faire). Surtout, ce concept soulève de nombreuses questions éthiques. En plus de menacer de supprimer des milliers d’emplois, ces magasins sans caisse excluent les populations pauvres ou âgées qui ne seraient pas munies d’une CB et d’un smartphone, conditions obligatoires pour magasiner.

 

La crypto-monnaie fera son entrée en 2020 chez les grandes enseignes.

Depuis quelques années se sont développées des devises alternatives et dématérialisées (Bitcoin, bientôt Libra de Facebook) sur Internet. Elles permettent à leurs possesseurs de contourner le système bancaire et d’acheter de manière anonyme. Or la crypto-monnaie intéresse aussi les magasins car ils ne paient aucuns frais sur ces transactions.

 

Ainsi début 2020, 25000 points de vente de grandes enseignes comptent l’expérimenter (Décathlon, Boulanger, Maison du Monde ou encore Sephora). Elles passeront par la plate-forme Easy2PlayPayment et l’application EasyWallet mises au point par Global P.O.S. Les clients devront se munir d’un portefeuille numérique sur lequel ils auront stocké leur monnaie. Quand ils passeront à la caisse, il leur suffira de poser leur smartphone sur un terminal de paiement adapté pour être débités.

 

Cependant, les limites de ce futur moyen de paiement se font déjà sentir. Certains commerçants craignent la forte volatilité quotidienne des cours de cette monnaie et ceux qui possèdent la crypto-monnaie restent aujourd’hui très minoritaires (entre 3 et 6% des Français environ).

 

Ainsi, si de plus en plus d’enseignes n’hésitent pas à essayer de nouveaux modes de paiements pour simplifier l’acte d’achat, les consommateurs, eux, ne sont pas encore prêt à abandonner leurs habitudes. Certes scanner et biper s’invitent progressivement dans leur quotidien, mais les Français continuent malgré tout de privilégier les solutions de paiement traditionnelles. Les cartes bleues restent utilisées par 90% d’entre eux au quotidien et les chèques résistent tant bien que mal. Ainsi d’après l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, le paiement mobile ne représentait en 2018 que 1% des paiements sans contact. L’affaire est donc à suivre en 2020.

 

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