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Le développement durable, c’est rentable ?

La RSE avance au rythme des nouvelles lois, souvent dans une logique de contrainte. Mais, l’enjeu des entreprises n’est-il pas de dépasser les obligations juridiques pour en faire une opportunité de performance ? Des PME démontrent que faire de la RSE peut être vraiment rentable et que ses avantages peuvent s’avérer bien supérieurs aux seules retombées financières.

La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise (RSE) est un sujet pour toutes les entreprises, soit par la règlementation soit car les consommateurs l’exigent. Cependant de nombreux dirigeants sont inquiets à l’idée de devoir implanter une telle démarche dans leur entreprise. Ayant tendance à surestimer les coûts et à sous-estimer les bénéfices. Mais il ne faudrait pas opposer développement économique et développement durable car la RSE cherche justement à rendre les entreprises résilientes. C’est-à-dire à leur donner les clés pour pouvoir s’adapter aux changements et assurer une triple performance économique, sociale et environnementale. Les entreprises qui passent le cap le démontrent d’autant plus : le développement durable, c’est rentable !

Le développement durable a un fort retour sur investissement sur le long terme

De plus en plus de PME considèrent la RSE comme un investissement sur le long terme. Le sigle peut faire peur, mais beaucoup d’entreprises s’investissent déjà dans des actions liées à la RSE sans le savoir. Il peut s’agir par exemple d’assurer de bonnes conditions de travail à ses employés, de chercher à diminuer sa consommation énergétique ou d’améliorer la qualité de ses produits etc.

Les impacts financiers se font très rapidement ressentir car une entreprise qui mise sur la RSE acquiert une bonne réputation, synonyme de fidélisation client et d’attrait d’investisseurs. La BPI observe que ces entreprises voient le cours de leur action augmenter de 4,8% en moyenne. En effet les entreprises qui intègrent le développement durable sont réputées comme étant moins à risque. De plus, la filière de la finance verte est en pleine expansion : les fonds qui lui sont associés représentaient 10,6 milliards de dollars d’actifs en 2014, ils ont dépassé les 100 milliards de dollars en 2016.

Faire de la RSE s’est également identifier ce qui fonctionne mal pour pouvoir l’optimiser. L’entreprise cherche à diminuer ses coûts au même titre que ses externalités négatives. La productivité s’en voit alors nettement améliorée. L’entreprise Norauto estime par exemple que pour 1,3 million d’euros investi dans une stratégie de réduction de ses déchets, les bénéfices ont représenté 3,4 millions d’euros, soit un effet levier de *2,6. C’est 2,3 millions qui servaient autrefois à traiter les déchets, désormais inexistants, qui ont ainsi été épargnés.

En matière de diminution des risques, notamment vis-à-vis des collaborateurs, l’agence européenne de sécurité et santé au travail évalue qu’un investissement dans la sécurité représente un ROI de 120%. Un constat partagé par Jean Rochette, le président de Produit Neptune, qui a diminué de 83% les accidents du travail dans son usine en 8 ans : « Nous avions des primes de 280 000 $ par année, ce qui était beaucoup. Aujourd’hui, on compte moins de 15 000 $ par année. Ce sont d’importantes économies. On a bien identifié les causes, les pistes de travail, on a travaillé avec les employés. C’est un des aspects dans l’entreprise où on peut avoir rapidement le meilleur retour sur investissement ».

Le développement durable comme avantage concurrentiel

Les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux enjeux sociaux-écologiques. Une partie croissante de la population achète désormais l’adhésion à un système de valeurs bien plus qu’un simple produit. Les entreprises ont donc tout intérêt à mettre en place une démarche RSE authentique et à le faire savoir.

Rien d’étonnant donc à voir la filière du commerce équitable augmenter son chiffre d’affaires de 43 % en 2016. Dans le secteur de l’alimentation par exemple, les Français sont d’ailleurs prêts à payer 5 à 30 % plus cher pour accéder à des produits de meilleure qualité. Comment les consommateurs font-ils la différence ? En prêtant attention à l’image de marque et en se référençant aux labels. L’entreprise responsable doit donc aller chercher les accréditations pour s’assurer l’accès à une manne de nouveaux clients. Des clients qui, selon une étude du cabinet Denjean & Associés, déclarent à 90% apprécier davantage une entreprise qui a une vraie démarche RSE. Les entreprises doivent donc montrer à leurs clients qu’elles sont à l’écoute de leurs nouvelles revendications.

D’autant plus que la RSE est un atout de poids pour avoir une place dans l’arène médiatique où le développement durable est, disons-le : clairement tendance. La PME Instertech calcule par exemple que sa forte présence dans les médias est disproportionnée par rapport à sa petite taille. Elle estime dans un rapport du Réseau entreprise et développement durable que c’est son caractère « développement durable » qui lui vaut un tel engouement médiatique. Un éclairage qui lui permet aujourd’hui d’être en compétition face aux grands acteurs de son industrie.

C’est donc tout un positionnement stratégique sur un marché qui peut être glané. France Stratégie estime que faire de la RSE augmente en moyenne de 13 % la performance d’une entreprise par rapport à celles qui ne l’intègrent pas.

Un atout pour la marque employeur

La relation marque-employeur change considérablement depuis quelques années. Il est de plus en plus difficile pour les entreprises les plus traditionnelles d’attirer et de fidéliser les jeunes talents. Aujourd’hui les employés choisissent leur entreprise en fonction de son secteur d’activité, de son cadre de travail et de son engagement dans la société. Les nouvelles générations veulent que les valeurs de l’entreprise correspondent à leur philosophie de vie.

Preuve de cette transformation, le manifeste étudiant pour un éveil écologique rédigé et signé par près de 30 000 étudiants de grandes écoles (Polytechnique, ENS, Central HEC etc.). Ce manifeste demande aux entreprises de prendre en compte l’aspect social et environnemental de leurs activités, faute de quoi elles se priveront des meilleurs talents. « Nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. » peut-on lire sur la plateforme.

Les entreprises ne doivent donc pas hésiter à engager leurs employés dans leurs démarches RSE car cela permet de créer un environnement de travail vertueux. Les Français aimeraient d’ailleurs que leurs entreprises aillent plus loin en leur proposant des façons de s’engager. Il peut par exemple s’agir de travailler un certain nombre d’heures dans des associations ou autre. De nombreuses études montrent aussi que les initiatives de RSE augmentent l’engagement de l’employé au travail de l’ordre de 16 %. In fine c’est donc la productivité de l’entreprise qui est améliorée, un win-win à prendre en considération !

En accentuant ses démarches de développement durable, l’entreprise pérennise également ses relations avec ses parties prenantes. Une marque avec des valeurs fortes bénéficie ainsi d’une hausse du capital-confiance et immatériel. Cela peut se traduire par une hausse du cours de l’action pour les entreprises cotées et par une hausse de la valeur pour les investisseurs et l’ensemble des parties prenantes pour les non-cotées.

La RSE est donc aujourd’hui davantage une opportunité de performance qu’une contrainte. En s’organisant sur ce principe, les entreprises vont redéfinir leur rôle pour prendre une place centrale, aux côtés des états, des collectivités et des citoyens, dans la création d’une société plus durable. À terme, la RSE est donc la voie royale pour concilier bien-être de la société et performance économique de l’entreprise.

 

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