À la Une

Faut-il réinventer les soldes ?

Entre le Black Friday qui ne cesse de s’amplifier, les ventes privées qui démarrent dès le lendemain de Noël, et les promotions toute l’année sur Internet, les soldes ne ressemblent plus aux soldes ! Pour éviter que les soldes ne finissent noyées sous les promos de tous genres, les pouvoirs publics, en accord avec les professionnels, ont décidé de réduire, dès janvier 2019, à quatre semaines la période des soldes, été comme hiver, afin de « focaliser l’attention, de créer plus d’urgence et d’envie ».

Le Black Friday, connaît depuis quelques années un succès grandissant en France, tant auprès des consommateurs que des commerçants. Fabien Versavau, PDG de Raktuen (anciennement PriceMinister) affirmait au mois dernier à l’AFP : « Le Black Friday est désormais entré dans les usages de consommation des Français, aussi fortement qu’aux Etats-Unis ».
En s’installant entre deux périodes de soldes, à un moment de « vide » dans le calendrier promotionnel, le Black Friday fédère un nombre record d’achats.

Pour Cdiscount le Black Friday 2018 a représenté 57 millions € de volume d’affaires, soit une augmentation de 14 millions € par rapport à 2017.

Les magasins physiques profitent de l’occasion pour rapatrier les clients dans les points de vente. Darty a par exemple démarré son opération Black Friday avec deux heures d’avances dans ses magasins par rapport à son site Web afin d’attirer davantage de trafic dans ses boutiques.

Le groupe Carrefour propose quant à lui à ses clients privilégiés de se retrouver en magasin la veille de la journée de promotion pour des ventes privées.

Le lundi suivant le vendredi noir s’ajoute le « Cyber Monday » qui vient prolonger l’évènement en cassant les prix sur le Web. L’effet est garanti puisque près de 77% des e-commerces voient ce jour-là leurs ventes exploser.

Il faut tout de même rester ses gardes car ces promotions en tout genre permettent parfois aux magasins de vendre leurs produits finalement plus chers qu’en temps normal, profitant du sentiment d’urgence pour jeter le flou sur les prix réels et pousser à l’achat irréfléchi. Certains acheteurs s’en rendent compte et adoptent des comportements beaucoup plus responsables en se concentrent sur ce qu’ils ont réellement besoin, ou en refusant simplement de participer à ces pratiques promotionnelles. C’est l’avènement de la tendance « Green Friday » ou « Fair Friday » comme réponse des consommateurs et des marques écoresponsables à cette frénésie d’achat.

Cette remise en cause de la consommation de masse est portée par des enseignes comme la Camif.fr, qui a intentionnellement fermé son site Internet pendant toute la durée du Black Friday. L’enseigne Nature et Découvertes a également marqué le coup en invitant les consommateurs à voter pour 4 associations agissant en faveur de la biodiversité; 1€ étant reversé à l’association soutenue.

Un impact sur les soldes traditionnelles

Ces nouvelles pratiques de consommation et périodes de promotions en tout genre ont pesé sur les soldes qui affichent des résultats en baisses au cours des deux dernières années. En 2018, les trois premières semaines des soldes d’hiver 2018 ont connu une « baisse d’activité de 4 % en valeur par rapport à la même période de 2017 », selon l’Observatoire Économique de l’Institut Français de la Mode (IFM).

En 2018 le budget des consommateurs était également en baisse avec en moyenne -40€ pour les femmes, et -18€ pour les hommes par rapport à l’année précédente.

Une baisse tout de même à relativiser car les soldes restent un moment stratégique sans pareil pour les commerçants puisqu’en 2017, ce sont 38 millions de consommateurs qui ont effectué des achats pendant les soldes d’hiver. Cela représente près de 75% des Français !

Pour le simple secteur de l’habillement, les soldes catalysent 21% du CA global sur une année.

Ce rendez-vous biannuel reste donc très attendu car c’est le moment où l’on peut consommer malgré un pouvoir d’achat plus faible.

Les soldes : un rendez-vous toujours incontournable

Malgré les périodes promotionnelles « concurrentielles », force est de constater que les soldes restent une très bonne affaire autant pour les consommateurs que pour les entreprises car c’est le seul moment où les commerçants sont autorisés à vendre à perte. Cela permet d’écouler les stocks et de se refaire une trésorerie.

Pour les plus grandes enseignes, les soldes apportent un flux de clientèle conséquent, que ce soit en ligne ou en magasin. Pour ces raisons, les professionnels restent rès mobilisés en faveur des soldes. Rappelons que ce sont près de 61% des citadins qui ont l’intention de profiter des soldes pour faire de bonnes affaires chaque année !

Au fur et à mesure du temps, les soldes ont évolué dans leur stratégie promotionnelle en s’adaptant aux attentes des consommateurs et du marché. Si les rabais s’intensifiaient d’ordinaire au fil des semaines, ils sont désormais optimaux dès le premier jour.

À partir de 2019, les soldes revêtiront encore une nouvelle forme en étant restreints à deux périodes de 4 semaines, cela afin de « focaliser l’attention, de créer plus d’urgence et d’envie ».

Cette mesure devrait permettre aux commerçants de réaliser un chiffre d’affaires plus important en un temps plus court. Une décision qui devrait plaire autant aux grandes enseignes qu’aux petits commerçants. Bruno Lemaire résumait en 2018 « Les soldes sont un moment important de la vie française. En ce domaine, les intérêts sont très divergents entre les grands magasins, les petits commerçants et le commerce en ligne, mais le consensus est clair sur les quatre semaines ».

Comme on peut le constater, même si on doit plus parler d’adaptation plus que de réinvention, les soldes restent très importantes dans un contexte de pouvoir d’achat en baisse. Pour les consommateurs, son attractivité repose sur la capacité de proposer des prix extrêmement compétitifs par rapport aux autres activités commerciales. Les soldes demeurent ainsi très stratégiques.

De plus, le mois de décembre ayant été très perturbé par l’actualité sur les gilets jaunes qui a occasionné un recul du chiffre d’affaires global de l’ordre de 20%, nous pouvons espérer que les soldes 2019 seront un excellent cru !

Toutes vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *