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Crise de la COVID-19 : Quel futur pour l’économie mondiale ?

Après la crise sanitaire, les dirigeants politiques et les entrepreneurs tentent d’estimer les premiers dommages économiques. Quels sont-ils ? Comment les états et la coordination mondiale s’organisent-ils pour contrer cette crise économique ? Et surtout quels seront ses possibles impacts sur le court et long terme ?

 

Une première chose est sûre : cette crise mondiale est pire que le choc économique qui a suivi le 11 septembre 2001 ou la faillite de Lehman Brothers en 2008. En France, Bruno Le Maire parle même du plus bas taux de croissance depuis 1945. Les marchés boursiers plongent (-30% pour Wall Street : pire trimestre depuis 1987 – source AFP) tout comme les croissances par pays (0% en Chine/ – 5% en Allemagne prévues pour l’année), le prix du pétrole est divisé par trois, le chômage explose comme les inégalités et la pauvreté qui menace des millions de nouvelles personnes (entre 6 et 8% de la population mondiale selon Oxfam, c’est-à-dire environ 500 millions de personnes).

 

En France, la plus récente étude, celle de l’OFCE – centre de recherche en économie de Sciences-Po – a évalué le 30 mars que l’impact du confinement engendrerait « une perte de 2,6 points de PIB annuel – soit 60 milliards d’euros – par mois de confinement ». À cela s’ajoutera un choc considérable entre l’offre et la demande avec une chute de 18% de la consommation des ménages et près de 5,7 millions de nouveaux chômeurs partiels. Si le gouvernement français se refuse à parler de faillite, la facture sera « salée » pour l’ensemble des entreprises (35% de perte d’activité par rapport à une période normale selon l’INSEE) et lourde pour les comptes publics déjà en souffrance.

 

À noter que l’impact se révèle néanmoins différent selon les secteurs. Le tourisme et le transport (l’aérien et l’automobile en première ligne) sont actuellement en paralysie totale alors que les télécommunications, l’agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique tirent à l’inverse leur épingle du jeu. Si les activités de service devraient, avec agilité, redémarrer après la crise, celles industrielles, déjà impactées en 2019 par les grèves multiples en France, pourraient subir de nombreuses faillites en cascade.

 

Du côté du retail, la crise pousse les enseignes à accélérer leur transformation digitale avec par exemple, l’explosion des téléchargements d’applications mobiles. Elles sont également nombreuses à s’engager dans des démarches solidaires, par exemple pour aider les professionnels de la santé et enfin, à miser sur l’innovation afin d’avoir une chance de se réinventer une fois la crise passée.

 

Face à ce constat mondial et français extrêmement sombre, comment réagissent les États ? Déjà, le gouverneur de la Banque de France rappelle que des dispositifs préexistent en cas de crise : « report des charges, dispositif de chômage partiel, fonds de solidarité pour les indépendants ». C’est d’ailleurs le rôle même de la Banque Centrale de fournir « un bouclier de trésorerie » aux entreprises.

 

Toutefois, face à l’ampleur nouvelle de ce désastre économique mondial, les mécanismes traditionnels ne suffisent plus et des mesures d’urgence ont dû être prises. Pour enrayer la crise, une des premières solutions est de ré-insuffler d’urgence de l’argent. Les pays du G20 vont injecter $5 000 milliards pour soutenir l’économie mondiale (source AFP) et le FMI annonce de son côté être en mesure de prêter $50 milliards, dont 10 milliards à taux zéro, aux pays pauvres et en développement touchés par la pandémie. Outre cette coordination inter-état, chaque gouvernement a alloué des sommes aux entreprises et aux populations pour raccourcir la durée de la crise. Aux États-Unis, Donald Trump a récemment un plan de relance de l’économie de plus de $2 200 milliards alors que 10 millions d’américains se sont inscrits dans les 2 dernières semaines au chômage.

 

En France, le gouvernement a publié sur son site toutes les mesures de soutien immédiates aux entreprises à hauteur total de 45 milliard €. Parmi elles une aide de 1 500€ pour les plus petites entreprises, les indépendants et microentreprises, 300 milliards € de garanti des prêts bancaires aux entreprises dans le besoin, 32 milliards € de reports ou annulations de charges sociales et fiscales » ou encore un gel des loyers et des factures d’eau et d’électricités pour les petites entreprises. Cependant, le 9 avril, ce plan jugé insuffisant a été réévalué à 100 milliards d’euros.

 

Chaque gouvernement est donc résolu dans l’immédiat à s’endetter afin d’évite le pire, mais l’injection de liquidités ne va pas tout régler. Une fois la crise terminée, ils devront mettre en place d’importants chantiers économiques semblables à ceux menés après la crise financière de 2008 pour éviter la récession. Au demeurant, il faut d’ores et déjà se faire à l’idée que les prévisions de reprise à la croissance ou de poursuite de la baisse du chômage ne sont plus envisageables. Le Boston Consulting Group, un cabinet de conseil international estime qu’une crise en « V » serait le scénario le plus probable pour les mois à venir. C’est-à-dire que la crise sanitaire n’aura pas de trop gros impact si sa durée est courte, mais a contrario, si elle perdure sur le long terme, elle représente un réel danger pour l’économie mondiale qui pourra difficilement s’en relever.

De fait, de nombreuses voix exhortent de plus en plus les différents gouvernements à voir cette crise comme une opportunité de catalyseur d’un nouveau modèle économique. Cette dernière a en effet montré les limites du système néolibéral mondialisé qui a été complètement pris au dépourvu face à une catastrophe sanitaire qu’il n’avait pas vue venir. Aux vues des futurs bouleversements sociaux environnementaux, il s’avère désormais impératif de repenser ce modèle optimisé pour être ultra performant quand tout va bien, mais qui souffre cruellement de résilience face à des cataclysmes inattendus comme le coronavirus.

 

En France, le Ministre de l’Économie lui-même a lancé récemment un appel pour « un nouveau capitalisme, qui soit plus respectueux des personnes, qui soit plus soucieux de lutter contre les inégalités et qui soit plus respectueux de l’environnement ». Il reconnaît que l’épidémie « change la donne de la mondialisation » cela au prisme des difficultés d’approvisionnement (de masques, nourritures, etc.) que connaît chaque pays.

 

Conclusion : Ainsi, il va sans dire qu’aujourd’hui l’économie mondiale est entrée en récession. Et même si la Chine commence lentement à redémarrer son activité, le choc négatif économique va continuer de se propager dans le monde. L’heure est donc à la gestion et à l’accompagnement de cette crise afin d’endiguer au maximum le naufrage économique, cela non seulement en continuant de trouver des solutions concrètes d’urgence, mais aussi et surtout en commençant déjà à penser l’après-crise. Plus que jamais, il est nécessaire d’accélérer une prise de conscience collective en faveur d’un nouveau modèle économique plus résiliant et plus respectueux de la planète et de ses habitants.

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