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Bitcoin et Cryptomonnaies : mode ou tendance de fond ?

L’engouement autour des cryptomonnaies est tel que les instances de régulation du commerce, dont le G20 et la commission de Bruxelles, réfléchissent à élaborer un cadre juridique pour réguler le commerce de ces monnaies. Que représentent aujourd’hui les cryptomonnaies ? Risque majeur ou opportunité pour les acteurs de la vie économiques ?

Bitcoin & cryptomonnaies

Après un envol exceptionnel, le bitcoin connaît depuis quelques mois un recul tout aussi spectaculaire. En décembre encore, 80% des transactions de monnaies virtuelles concernaient le Bitcoin, un chiffre tombé à 40% aujourd’hui, pour un prix unitaire qui a chuté également, passant de près de $20.000, son record historique, à $7000 début avril 2018.

Cet effondrement a permis à des milliers d’autres monnaies virtuelles, jusque-là tapis dans l’ombre du Bitcoin, d’être mises en lumière et de prendre de la valeur. La plupart de ces nouvelles monnaies essayent de répondre aux limites soulevées par le précurseur : le Bitcoin.

La Banque de France ne dénombre pas moins de 1300 monnaies virtuelles créées, un chiffre qui ne cesse d’augmenter. Parmi celles qui sont le plus en vogue, nous pouvons citer l’Ethereum, le Ripple, le Litecoin et encore le Neo qui pourrait devenir la cryptomonnaie officielle chinoise…

Les entreprises, elles-mêmes, s’emparent de cette ruée vers l’or numérique en créant leur propre cryptomonnaie, c’est le cas du groupe ATARI qui a lancé son « Atari Token ».

Jouissant d’un cadre juridique encore flou, les entreprises misent sur cette fièvre pour doper leur rentabilité et se placer à l’avant-garde d’une technologie qui casse les codes de la finance traditionnelle.

L’ancien géant Américain de la photographie Kodak a ainsi vu son cours en bourse quadrupler après avoir présenté ses projets de cryptomonnaies.

De son côté l’application de messagerie cryptée Telegram a récemment réalisé la plus grande ICO de l’histoire (c’est-à-dire levée de fonds en cryptomonnaie) avec près de 800 millions de dollars pour financer sa propre monnaie numérique. L’application aux 200 millions d’utilisateurs, concurrente de Messenger et de WhastApp, prévoit de mettre en circulation sa monnaie virtuelle, le « gram », fin 2018.

La fièvre endémique de l’or numérique ne laisse personne indemne, les petits épargnants sont également en quête de « success story », utilisant les cryptomonnaies de façon purement spéculative. En France, près de 8% des citoyens déclarent posséder des monnaies virtuelles et 86% d’entre eux pensent en acheter dans les prochains mois.

Ou en sommes-nous ?

Malgré leur essor exceptionnel, les experts s’accordent pour dire que les monnaies électroniques comportent de très sérieuses limites ; insécurité, grande volatilité, propice au blanchiment d’argent, coût énergétique considérable, vide juridique etc. Il est judicieux de rappeler que début 2018 la plateforme japonaise Coincheck s’est fait dérober 430 millions d’avoirs en cryptomonnaie !

Les états commencent à prendre conscience des enjeux des cryptomonnaies et portent le sujet à l’ordre du jour des rassemblements des grands décideurs (G20 etc.). Les pays prennent des mesures dans un objectif de « stabilité financière » ; Pékin par exemple affermit sa position à l’encontre des sites qui permettent au public de réaliser des transactions. La Banque de France quant à elle envisage de réguler l’accès au bitcoin.

Deux tendances semblent émerger : celle « d’isoler » les cryptomonnaies du reste du système financier, ce qui revient à les condamner, ou les « réguler » et les intégrer dans le système financier mondial.

Quel futur est le plus probable ? Isoler semble difficile car cela revient à lutter contre la technologie. Réguler semble paradoxal car cela revient à institutionnaliser un système alternatif originellement créé pour, justement, court-circuiter les institutions et le monde de la finance traditionnelle.

Quoiqu’il se passe la décision doit être collective et internationale car ces monnaies-là n’ont pas de frontière.

Les enjeux pour les entreprises 

Outre la bulle spéculative, la cryptommonnaie se développe considérablement dans le monde de l’entreprise. Plus de 12 000 commerçants ont déjà ajouté l’option « payer en bitcoin » sur leur site internet. Il existe même une carte interactive qui les recense.

Rien d’étonnant donc à savoir qu’il est possible de payer Microsoft, Subway ou en encore de réaliser des virements sur Paypal en Bitcoin.

Comme les cryptomonnaies sont faciles à utiliser (une fois prise en main) et les transactions traçables, des sites de crowdfunding comme Kickstarter commencent également à les accepter pour financer des projets. Ce système est également de plus en plus utilisé pour réaliser des donations, à l’instar de Wikipédia qui permet de soutenir le projet en bitcoin.

Des nouvelles entreprises voient également le jour sur ce nouveau marché qui représente d’immenses opportunités. L’application Paymium propose par exemple aux entreprises un accès aux cryptomonnaies avec une conversion immédiate en euro et 0% de commission. La startup signe déjà avec des acteurs comme VEOLIA, Showroomprivé.com ou encore l’école de commerce ESSEC.

Le début d’une longue histoire entre e-commerce et cryptomonnaies ?

Le secteur bancaire, qui voyait initialement d’un mauvais œil cette technologie perturbatrice, se lance lui aussi à l’assaut de la cryptomonnaie pour la comprendre et l’utiliser afin de fluidifier leurs transactions. C’est ainsi que 6 banques internationales se sont réunies pour travailler ensemble afin de développer une cryptommonaie interne nommée l’USC : l’Utility Settlement Coin.

Car bien plus que de l’argent virtuelle, les cryptomonnaies sont supportées par la technologie blockchain qui offre des immenses perspectives dans tous les secteurs d’activité.

Que ce soit Bitcoin, Ethereum, Ripple ou toutes autres cryptomonnaies, le monde du business et de la transaction financière ne peuvent plus ignorer ce phénomène en pleine expansion. Alors, risque ou opportunité ? Il revient aux entreprises de s’adapter tout en gardant un recul nécessaire car si les « success story » sont bruyantes, il ne faut pas oublier qu’elles couvrent bien souvent d’innombrables échecs beaucoup plus discrets. La spéculation comporte toujours de grands risques et miser sur une monnaie virtuelle ne comporte aujourd’hui que des incertitudes.

Mais la plus grande révolution des cryptomonnaies, initiée par le Bitcoin, est surtout l’apparition d’une nouvelle technologie : la Blockchain (une technologie de stockage et de transmission de l’information qui fonctionne sans organe de contrôle). Et à l’instar de toutes les innovations, monnaie électronique et blockchain, sont à leur début mal maitrisées. In fine, que ces cryptomonnaies s’installent ou non dans notre quotidien, le monde de la transaction financière sera de toute façon impacté par cette innovation et les questions qui ont été soulevées.

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